À l’occasion de la 41ᵉ Tribune du PPA-CI, le Président Laurent Gbagbo a ravivé le débat sur les zones d’ombre qui entourent les crises politico-militaires ayant secoué la Côte d’Ivoire depuis le coup d’État de 1999. Face à l’actualité marquée par la prestation de serment du Président Alassane Ouattara pour un quatrième mandat, l’ancien chef d’État appelle à une “réconciliation vraie” fondée sur la vérité, la justice et la réparation.
Réunis une semaine seulement après la précédente édition, les journalistes et acteurs des médias ont été accueillis par les responsables du PPA-CI, qui ont expliqué cette programmation exceptionnelle par “la gravité de l’actualité nationale”. Au centre des échanges : deux initiatives majeures récemment portées par Laurent Gbagbo, l’Initiative pour la Libération des Prisonniers d’Opinion (ILPO) et son message du 8 décembre 2025, intitulé « Tant qu’un fait n’est pas jugé totalement, il devient une injustice ».
Pour le PPA-CI, ces interventions ne sont pas partisanes : elles constituent un appel à “l’unité d’action pour sauver la nation”, sur fond de tensions et de frustrations persistantes au sein de la société ivoirienne.
Un rappel des faits pour comprendre les racines de la crise
1. Le 24 décembre 1999 : le point de rupture
Ce jour-là, la Côte d’Ivoire connaît son premier coup d’État militaire. Le Président Henri Konan Bédié est renversé, marquant une cassure profonde six ans seulement après la disparition du Président Félix Houphouët-Boigny.
À ce jour, les seuls responsables officiellement reconnus sont les militaires mutins. Mais dans l’opinion, des interrogations persistent :
– Des forces invisibles ont-elles influencé ces événements ?
– Quelle fut la part des tensions autour de « l’ivoirité » ?
– La crise politique de l’époque a-t-elle favorisé cette déflagration ?
Aucune enquête indépendante n’ayant été menée, ce 24 décembre reste le début d’une longue plongée dans l’instabilité dont la Côte d’Ivoire ne s’est toujours pas remise.
2. 2000-2020 : deux décennies infernales
Cette période constitue l’ère la plus violente de notre histoire récente, marquée entre autres par :
Le régime militaire et ses abus
Le complot du « cheval blanc »
L’élection présidentielle calamiteuse d’octobre 2000
Le charnier de Yopougon
Les tentatives de coup d’État de 2001 et 2002
La rébellion de 2002-2010
Les Accords de Ouagadougou
La crise postélectorale de 2010-2011
Le massacre des populations de l’Ouest
La déportation et le procès du Président Laurent GBAGBO et du ministre Charles Blé Goudé
L’acquittement final à la CPI
Régime militaire et abus
Le général Guéï installe une transition ponctuée de violences, jamais reconnues, jamais réparées. Les suspicions d’exclusion de candidats à l’élection de 2000 nourrissent les rancœurs et préparent d’autres crises.
Le complot du cheval blanc (17 septembre 2000)
Une attaque contre la résidence du chef de la junte tourne au drame. Les versions divergent et la vérité n’a jamais été établie, laissant place aux conjectures.
L’élection présidentielle de 2000
Contestée, violente, marquée par des affrontements entre partisans du FPI et du RDR, elle laisse plus de 300 morts selon plusieurs sources. Cette élection constitue une véritable fracture nationale.
Le charnier de Yopougon
Découvert en octobre 2000, il reste à ce jour non élucidé malgré un procès qui s’est conclu par l’acquittement des gendarmes incriminés. Une page sombre jamais refermée.
Tentatives de coup d’État (2001, 2002) et rébellion
La tentative du 7–8 janvier 2001, suivie du coup manqué du 19 septembre 2002, ouvre la voie à une rébellion qui divise le pays en deux pendant près de dix ans.
Les questions fondamentales demeurent :
– Qui a financé la rébellion ?
– Quelle fut l’implication réelle de puissances étrangères ?
– Qui a organisé le casse de la BCEAO ?
Aucune enquête sérieuse n’a été menée.
Les Accords de Ouagadougou (2007)
Ils apportent une accalmie, mais la clause essentielle — le désarmement — n’est jamais respectée. Pire, des pressions sont exercées sur le Président Laurent GBAGBO pour organiser des élections malgré la présence de forces irrégulières armées.
L’élection de 2010 et la guerre
Organisée sans désarmement, contestée, arbitrée par des acteurs extérieurs, elle débouche sur une guerre civile qui fait officiellement 3 248 morts selon la Commission Banny.
Massacres dans l’Ouest
Human Rights Watch, la FIDH, le CICR et d’autres organisations décrivent des exécutions de masse, des viols, des villages brûlés — particulièrement à Duékoué et Nahibly.
Pourtant, les responsabilités demeurent non établies.
Déportation et procès du Président Laurent GBAGBO
Acquitté à La Haye, il subit néanmoins des conséquences politiques internes.
Ceux qui ont combattu son camp n’ont, pour la plupart, jamais été inquiétés.
II – METTRE FIN AU SENTIMENT D’INJUSTICE
Alors que les crimes de la crise ivoirienne sont attribués aux deux camps, seul le camp GBAGBO a été systématiquement poursuivi, en Côte d’Ivoire comme à la CPI.
Aujourd’hui encore :
114 prisonniers d’opinion proches du Président Laurent GBAGBO croupissent en prison.
Du côté du camp Ouattara, seul Amadé Ourémi a été jugé, alors qu’il affirme avoir agi sous les ordres de chefs militaires jamais convoqués.
Les dossiers judiciaires concernant les exactions commises dans l’Ouest ou pendant la rébellion ont été clôturés sans suite, laissant des milliers de victimes sans justice.
C’est ce déséquilibre criant que dénonce le Président Laurent GBAGBO.
Son appel n’est pas une vengeance :
Il demande simplement que la justice aille au bout de ce qu’elle a elle-même initié.
Il rappelle la CPI à ses engagements, et appelle l’État ivoirien à instaurer une justice équitable, transparente et complète.
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