Les violences basées sur le genre (VBG) continuent de laisser des milliers de femmes meurtries, souvent sans accompagnement psychologique durable. Réunis ce jeudi 8 Janvier 2026 à Cocody, au siège de l’ONG Engender Health, plusieurs organisations de la société civile, réunies au sein du Collectif des Activistes de Côte d’Ivoire (CACI), ont lancé un plaidoyer clair à l’endroit du gouvernement ivoirien : rendre gratuits les soins psychologiques pour les survivantes de VBG et intégrer les psychologues à la fonction publique.
La déclaration, portée par le Collectif pour la dignité, s’inscrit dans une volonté de renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes, dans un contexte national qualifié « d’urgence de santé publique et de protection des droits ». Autour de la table : LeadAfricaine, Psytrotteur, Akwaba Mousso, Femme en Action, CACI et Actuelle.
/image%2F6976721%2F20260109%2Fob_940f90_1001222990.jpg)
Au cœur du plaidoyer, une réalité largement partagée par les professionnels de terrain : l’accès aux soins psychologiques reste largement conditionné aux moyens financiers des survivantes. « Ce plaidoyer vise l’intégration des psychologues à la fonction publique et la gratuité des soins pour la prise en charge des VBG », explique Dr Nour Bakayoko, psychologue et membre de Psytrotteur.
« Aujourd’hui, les psychologues sont essentiellement dans le privé. Quand une survivante doit consulter, le coût devient un frein si elle n’a pas les moyens. Cela empêche une prise en charge prolongée et efficace », ajoute-t-il.
Une situation qui fragilise le parcours de reconstruction des survivantes, souvent contraintes d’interrompre leur suivi, faute de ressources.
Pour Prince Tra Bi, psychologue à Akwaba Mousso, la prise en charge des violences basées sur le genre ne peut être pensée de manière fragmentée.
« La prise en charge est holistique et demande beaucoup de ressources financières et personnelles. La victime doit se déplacer du cabinet du psychologue à la police, puis à l’hôpital. Le parcours est long et éprouvant », souligne-t-il.
Selon lui, la gratuité de ces services permettrait une prise en charge plus cohérente et plus humaine des personnes survivantes.
Le plaidoyer du CACI s’appuie sur des données officielles du Centre d’Information et de Communication Gouvernementale (CICG) et du Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant. En 2024, 9 607 cas de VBG ont été enregistrés et pris en charge en Côte d’Ivoire, dont 920 viols, 2 030 agressions physiques et 53 mariages forcés. Des chiffres qui, selon les organisations, ne représentent que la partie visible d’un phénomène largement sous-déclaré.
Les constats dressés sont sévères. Parmi eux: une prise en charge encore trop dépendante des ONG, un coût des soins qui maintient les survivantes dans la vulnérabilité, et surtout une absence criante de psychologues dans les services publics, créant une rupture dans l’accès aux soins, à la justice et à la dignité.
Dans leur note de plaidoyer, les membres du CACI posent une question centrale :
Comment passer de la survie à la reconstruction lorsque l’accès à la guérison psychologique dépend du pouvoir d’achat ?
Pour y répondre, le CACI appelle l’État ivoirien à intégrer les psychologues dans les hôpitaux, commissariats, tribunaux, centres sociaux et écoles, à créer un fonds public de gratuité des soins via la CMU, et à aligner la Côte d’Ivoire sur les standards internationaux en matière de santé mentale et de protection des survivantes.
Parmi les recommandations figurent également le recrutement de 300 psychologues dans la fonction publique, l’adoption d’une loi nationale de gratuité des soins pour les survivantes, et l’inscription explicite de la santé mentale dans la loi sur les VBG.
À travers ce plaidoyer, le CACI entend replacer la santé mentale au cœur des politiques publiques et rappeler que la dignité des survivantes passe aussi par un accès réel, gratuit et continu aux soins psychologiques.
Fatima Sawadogo
/image%2F6976721%2F20260109%2Fob_7bdb08_1001222991.jpg)